5 réflections issues de “Penser le racisme aujourd’hui : déclinaisons et angles-morts dans le contexte québécois actuel”

Par Sabrina McFadden

La fin de semaine passée, j’ai assisté à un événement organisé dans le cadre de la Semaine d’action contre le racisme, “Penser le racisme aujourd’hui : déclinaisons et angles-morts dans le contexte québécois actuel”. L’événement a été immensément informatif, tout.e.s les intervenant.e.s infusant les conversations d’une compréhension et d’une analyse à la fois approfondie, méticuleusement recherchée et historiquement appuyée. Il était inspirant d’être témoin d’une discussion où autant de place était donnée aux leaders de communautés racisées, afin qu’illes fassent état de leurs luttes et démarches actuelles. Dans le présent contexte de déni généralisé par rapport aux problèmes de racisme au Québec, il va sans dire que cet événement était d’une importance capitale.

Depuis, cinq points me sont restés en tête que j’aimerais maintenant partager avec vous.

  1. Au Québec, dans les écoles comme à tous les niveaux de gouvernement, on dénote une absence flagrante d’éducation, d’investissement et d’initiatives générales pour combattre le racisme. Ceci entre en contraste majeur avec les autres provinces, dont l’Ontario, qui a récemment mise en place une Direction générale de l’action contre le racisme. Maryse Potvin, professeure d’éducation à l’UQAM, faisait éloquemment état de ce manque complet de matériel et de soutient pour contrer le racisme au Québec.
  2. Lors d’une discussion décrivant les liens entre le néolibéralisme et le racisme au Québec, un des exemples les plus clairs concernait la logique néolibérale et les principes de « méritocratie » qui ont récemment été appliqués aux politiques d’immigration du Québec, faisant en sorte que les immigrants sont sélectionnés en fonction de leur revenu ou de leur pouvoir d’achat, le statut économique étant devenu le facteur déterminant dans un processus qui, en soi, avec ses frais de demande et de traitement, tend à exclure la grande majorité des personnes racisées désirant immigrer au Canada.
  3. Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l’École des affaires publiques et communautaires à l’Université Concordia, décrivait la période actuelle comme étant caractérisée par une acceptation généralisée de graves inégalités sociales, celles-ci étant perçues comme des faits inébranlables, ne pouvant être changées. Il semblerait que la victoire d’une logique néolibérale de l’individualisme nous ait laissée aux prises avec ce qu’il décrit comme étant une sorte d’anxiété collective par rapport à la différence, que nous nous sentons incapable de confronter. En effet, selon lui, « nous semblons, comme société, accepter les inégalités et notre incapacité de penser à l’Autre. »
  4. Belkhodja a dirigé notre attention vers une ressource intéressante, le livre de Martin Paquet intitulé « Tracer les marges de la Cité : étranger, immigrant et État au Québec, 1627-1981 », un texte qui vient complexifier le discours des « Deux solitudes » qui domine les conversations sur la différence au Québec. Le livre retrace des histoires d’immigration et de colonisation complexes, afin de nous offrir une compréhension plus riche et plus détaillée de la société québecoise et de sa perception de l’Autre et de l’altérité.
  5. Finalement, j’aimerais partager une leçon que nous avons apprise ici au COCo et qu’il vaut toujours la peine de répéter. Les organisations, les groupes et les coalitions mis sur pied par et pour les personnes racisées sont d’une valeur inestimable. Dans chaque conférence, sous-groupe et discussion – et tout particulièrement celle facilitée par Will Prosper  (article en anglais seulement) – l’épuisement des personnes racisées a été soulevé à plusieurs reprises; épuisement face aux conséquences quotidiennes du racisme dans leurs vies; épuisement ressenti, aussi, face au besoin constant « d’éduquer » les personnes qui les entourent. Dans ce contexte, les organisations par et pour les personnes racisées offrent une variété de ressources essentielles, favorisant entre autres des sentiments de solidarité, des espaces de discussion et différentes opportunités de luttes au racisme concrètes.

Ces questions ont des impacts très réels, non seulement sur les organisations par et pour les personnes racisées, mais sur les organisations à but non lucratifs et communautaires partout au Québec. Par quels moyens voyez-vous le racisme être confronté au sein de vos organisations?

Sabrina est la coordinatrice en ressources humaines et en finances au COCo.