Le COCo se retire de la Commission sur le Racisme Systémique

Suite à de longues délibérations au sein de notre personnel, notre conseil d’administration et nos partenaires, le COCo a décidé de se retirer de la commission gouvernementale sur le racisme systémique – ou plutôt, comme on l’appelle maintenant, le Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination. Le changement de nom est seulement un des nombreux changements qui a été mis en place au cours des dernières semaines: le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion a également changé les objectifs du projet et a annoncé le retrait du mandat à la Commission des droits de la personne des droits de la jeunesse (CDPDJ : organisme indépendant du gouvernement) pour reprendre eux-mêmes le contrôle direct.

Tous ces changements nous ont inquiétés au COCo. En bref, le projet a passé d’une commission indépendante dirigée par un organisme réputé, avec l’objectif de vraiment comprendre la question du racisme systémique, à un projet dirigé par le gouvernement, visant principalement à marquer des points dans l’arène électorale. L’enjeux abordé est également devenu l’immigration, et non du racisme – des concepts très différentes l’un de l’autre. Comme Patrick Yanga, qui siège sur notre conseil d’administration, a expliqué:

‘La discrimination et le racisme sont effectivement présents dans notre société québécoise. C’est pourquoi, traiter la question de façon détournée est comme tel une façon d’esquiver un problème qui mine les sociétés de tous genres.’

Au cours des dernières semaines, nous avons passé d’innombrables heures au téléphone avec le gouvernement, la CDPDJ, des organismes partenaires, nos membres et des journalistes à essayer de comprendre ce qui se passait. Les nombreux changements à la commission ont été apportés alors que nous, et d’autres groupes, tenions déjà des consultations. Durant les débuts de la commission, il était difficile de communiquer directement, d’obtenir plus de clarté vis-à-vis notre mandat, ou même obtenir des réponses aux questions évidentes qui en découlaient et ce, à l’intérieur de délais beaucoup trop courts.  En d’autres termes, nous avons réalisé que nous consacrions trop de temps à faire face au cirque administratif et à ne pas faire le travail que nous étions mandatés de faire – servir les organisations communautaires, sur le terrain, dans la lutte pour la justice sociale. Nous sommes ravis d’y retourner maintenant.

Une lettre plus formelle expliquant notre décision, et la décision de nombreux autres groupes de faire pareil, peut être trouvée ici.  Nous souhaitons, pour terminer, reprendre ici un extrait important.

Le racisme systémique est un problème de société profond qui, sous la nouvelle orientation, est maintenant réduit à la simple question du développement économique par le gouvernement. Le MIDI ne souhaite plus explorer en profondeur les structures et les mécanismes inhérents au racisme systémique et réduit les personnes racisées aux seuls immigrant-e-s, oblitérant les discriminations vécues par les personnes racisées nées au Québec. Pire encore, les immigrant-e-s ne sont valorisés que dans leur apport économique, raison pour laquelle le ministre Heurtel se focalise sur l’accès à l’emploi, la francisation et la formation.